Trois questions à Eddy Vicken, réalisateur du documentaire "Kosovo, une chrétienté en péril"

Trois questions à Eddy Vicken, réalisateur du documentaire "Kosovo, une chrétienté en péril"
Mercredi 14/06/2017 :: Communiqué

Eddy Vicken est le coréalisateur, avec Yvon Bertorello, du documentaire "Kosovo, une chrétienté en péril", tourné en collaboration avec Solidarité Kosovo et diffusé sur la chaîne de télévision catholique KTO. Nous lui avons posé trois questions.

 
1. Vous êtes le réalisateur de nombreux documentaires sur des sujets religieux. Comment vous est venue l'idée de filmer un documentaire sur le Kosovo ?

 

Avec Yvon Bertorello, mon co-auteur, j’avais déjà eu l’occasion de tourner un documentaire dans un haut-lieu de l’Orthodoxie : au Mont Athos, une république monastique millénaire située en Grèce.

Naturellement, les monuments religieux orthodoxes sont « des géants et des gardiens », comme le dit le président du centre culturel de Gracanica, qui témoignent de la place prépondérante et de l’importance colossale du Kosovo dans l’histoire de Serbie. Le fait qu’ils aient été ainsi mis en péril, saccagés ou détruits tout récemment ne m’a pas laissé indifférent non plus. J’ai voulu savoir pourquoi.

Et je dois dire que j’ai été très touché par la rencontre avec cette population qui vit en minorité sur ses terres historiques avec une épée de Damoclès suspendue en permanence au dessus de la tête. Une situation très analogue à ce que durent subir les chrétiens dans d’autres parties de l’empire ottoman. Ainsi les provinces portiques, chaldéennes et arméniennes furent purgées de leur population d’origine dès le début du XXe siècle. Avec le Kosovo, cela fut parachevé en plein coeur de l’Europe à l’aube du XXIe siècle.

2. Comment s'est déroulé le tournage ?

 

Nous avons filmé a l’occasion de deux séjours à la toute fin de l'été et en hiver juste après Noël. L’association Solidarité Kosovo nous a ouvert la voie puisque son action s’étend jusque là où les familles serbes vivent isolées, dans des ghettos, des villages en marge de la modernité, où l’hiver il fait un froid terrible. Nous avons calé nos pas dans les leurs, notamment lors du convoi de Noël si important pour les enfants, où leur action est de première nécessité quand on voit les conditions de survie de certaines familles ou communautés.

Yvon et moi-même avons suivit le postulat simple de prendre le témoignage d’habitants emblématiques des lieux que nous visitons. Ils évoquent tous leur farouche attachement à poursuivre leur vie sur cette terre du Kosovo en dépit de leurs difficultés élémentaires quotidiennes, quand bien même ils sont perçus comme une menace à l’homogénéité du Kosovo.

3. Y a-t-il une séquence qui vous a particulièrement touché ? Voire que vous avez eu du mal à tourner ?

 

Naturellement certains jours où la neige tombait dru, les conditions de tournages furent moins aisées. Mais même sous la neige on perçoit la beauté saisissante des paysages du Kosovo. Ce qui m’a le plus touché, c’est la gentillesse et l’humanité de ces gens que nous avons rencontrés. J’ai à leur contact eu un sentiment familier très immédiat, quand bien même nous étions de parfaits inconnus. Ils ont traversé des moments tragiques et ne sont pas à l’abri d’une explosion soudaine de violence, locale ou généralisée, comme cela fut le cas par dans un passé récent. Ainsi, il fallait être prudent et discret lorsque nous visitions les lieux vandalisés, comme par exemple le cimetière serbe profané d’Orahovac.

Mais il y a de la résilience et de la fierté pour les Serbes a rester vivre au Kosovo, le plus possible en bonne intelligence avec les Albanais malgré les menaces évidentes posée par la radicalisation du sentiment religieux et national de la part du pouvoir et d’une partie de la population majoritaire.

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Le documentaire "Kosovo, une chrétienté en péril" sera projeté en exclusivité le 22 juin à 19h au cinéma le Grand Rex à Paris. Pour plus d'informations, cliquez ici